Durant l’année 1999-2000, Batay Ouvriye avait lancé une campagne de soutien à la lutte des ouvriers contre la compagnie Marnier-Lapostolle qui produit la liqueur Grand Marnier. Relayée par le Réseau-Solidarité de Peuples Solidaires en France ainsi que le Haïti Support Group et War on Want en Angleterre, cette campagne a pu déboucher sur une augmentation sensible des salaires payés par la compagnie Marnier-Lapostolle et une nette amélioration des conditions de travail.
Informés de ces progrès, les ouvriers et ouvrières de la compagnie voisine GUACIMAL S.A. (toujours dans le nord d’Haïti) qui produit la matière première nécessaire à la fabrication de la liqueur COINTREAU se sont également mis à pied d’œuvre pour s’organiser et revendiquer leurs droits légitimes. Groupés dans deux lieux de travail, St Raphaël et Madeline, ces ouvriers traitent les oranges amères qui servent de base à la production de ce spiritueux. Les premiers (plusieurs centaines) grimpent aux orangers pour cueillir les fruits et les seconds (trente-cinq hommes et femmes), à l’usine, sont préposés à l’extraction de l’huile.
C’est le deuxième groupe qui s’est d’abord organisé et qui, aujourd’hui, constitue la cible des machinations de Nonce et Daniel Zéphir, incontournables directeurs dans ce secteur. Les ouvriers et ouvrières :
1. La fin des pratiques discriminatoires qui écartent plusieurs ouvriers des bénéfices légaux ;
2. Le respect des prescrits de la loi concernant les conditions de travail en Haïti;
3. L’ajustement de leurs salaires ;
4. Le respect du syndicat
5. L’affichage des règlements intérieurs ;
6. La négociation d’une convention collective de travail.
Car, il faut le dire : cet établissement qui relève de la production COINTREAU est en Haïti TOTALEMENT ILLÉGAL. Ne respectant en rien les règlements minima de la législation en vigueur (déjà archaïque s’il en est – il s’agit du Code du Travail des Duvalier), les gérants de ces multimilliardaires français usent de toutes les ruses et malversations possibles pour soutirer les plus infimes centimes à des travailleurs issus tous d’un peuple au sseuil de la misère la plus abjecte. Sanguinaires (il n’y pas d’autre mot), ces exécutants de la ligne COINTREAU ne se contentent pas d’exploiter les ouvriers jusqu’au sang (le salaire minimum journalier de 36 gourdes vaut actuellement US$1.125 par jour !) mais, de plus, les maintenir dans des conditions de travail dignes des ateliers féodaux les plus sordides. D’autant que le travail de l’orange amère Bigarade (citrus aurentium) détériore gravement la santé des ouvriers, rongeant irrémédiablement leurs ongles et entraînant de sérieuses complications pulmonaires.
Il n’est donc nullement étonnant que, une fois le syndicat mis sur pied pour revendiquer des droits légitimes et simplement exigibles légalement, ces sous-fifres n’aient trouvé autre chose à faire que de contester le contenu de l’organisation syndicale elle-même.
Intérêt de surexploitation oblige !
La première revendication a en effet été la première à être contestée. M. Richemin Milfort, Coordonateur Général du Syndicat, avait été élu à ce poste précisément sur la base du principe de non-discrimination. Occupé au traitement des déchets générés par les activités de l’usine depuis un bon nombre d’années, lui et deux autres ouvriers sont relégués et tenus en marge de l’appointement de boni et congés normaux. En outre, sous prétexte de signatures apposées en retard, ils n’ont pas reçu de badges d’identification au cours de l’année écoulée. Pour le Syndicat, leur position dominée représentait la culmination des pratiques despotiques de l’usine ; M. Milfort était élu Coordonnateur Général sur cette base.
Mais au cours de la toute première rencontre tenue le 29 août avec la direction de l’usine (qui relève de la production COINTREAU), dans un acte d’ingérence inqualifiable, les messieurs Zéphir contestaient la nomination de M. Milfort en tant que Coordonateur Général quoique reconnaissant qu’il pouvait être membre du syndicat et conditionnaient le déroulement des négociations à sa non-participation, une attitude sanctionnée par l’Article 229 du Code du Travail en vigueur.
Les négociations qui, rappelons-le, ne font référence qu’à des revendications déjà clairement exigibles selon la loi, sont aujourd’hui bloquées à cause de cette situation et le début des travaux pour cette saison rendu impossible. Ceci dans une conjoncture où les ouvriers souffrent de famine particulèrement aggravée par une ouverture scolaire critique en pleine chute libre de la monnaie nationale (la gourde) et une inflation conséquente débridée. Il est clair que cette contestation des frères Zéphir est destinée à mater les ouvriers dès le départ – leurs dernières manœuvres le prouvent. En effet, interrogés de savoir pour qui donc travaillent ces trois ouvriers, ils avaient répondu le camionneur qui charrie les déchets en dehors de l’usine. Ce dernier n’occupe cet emploi que depuis deux ans. Démentis par le camionneur,les Zéphir ont vite signé avec lui dans les un accord – toujours en vue de contrecarrer les revendications ouvrières.
Pourquoi donc des manoeuvres aussi basses, pour une production qui relève d’une firme multimilliardaire ? Le seul intercesseur possible, le Bureau Régional du Ministère des Affaires Sociales, a coutume de prendre position pour les frères Zéphir. Le Bureau a déclaré officiellement qu’il n’interviendrait plus dans les affaires des Établissements Novella (dont ils sont propriétaires) et a mis cette position en application. Dans le cas de Marnier-Lapostolle, les responsables de ce Bureau Régional avait donné la preuve de cette inféodation en refusant à tout moment de répondre aux demandes des ouvriers, mais se mobilisant par contre à fond avec la rapidité de l’éclair dès qu’ils furent convoqué par Daniel Zéphir.
Ne demeure que la force du syndicat déterminé, soutenu par la solidarité internationale agissante. Le Syndicat est décidé à remporter cette épreuve de force en soutenant son Coordinateur jusqu’aux Tribunal du Travail s’il le faut. A nous de l’appuyer en faisant pression sur eux et sur le centre de commandement des frères Zéphir c’est à dire la maison Cointreau qui vend plus de treize millions de bouteilles l’an et dont l’héritière, Caroline Krug (fille de Rémy Cointreau), par exemple, faisait l’objet d’un article en 1999 aux « Millionaires Magazine » .
Voici donc : COINTREAU qui par l’intermédiaire de gestionnaires parmi les plus rétrogrades, surexploite inexorablement ses ouvriers en Haïti pendant qu’elle exalte la « qualité » de sa production suave et classique à travers le monde entier!
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Que faire ?
Écrire aux Directeurs de la Société Guacimal S.A. :
Daniel et Nonce ZEPHIR - Directeurs
Société Guacimal S.A.
BP 53
CAP HAITIEN, HAÏTI
(TEXTE PROPOSÉ)
Nom, prénom, adresse
A..., le ...
Monsieur le Directeur,
Les plantations d’oranges amères que vous dirigez en Haïti produit l’une des matières essentielles à la fabrication de la liqueur Cointreau dont la réputation est internationale. J’ai été informé par Batay Ouvriye des difficultés rencontrées par le syndicat des ouvriers de Guacimal S.A. pour parvenir à négocier avec leur direction. Contrairement à ce qui lui impose la loi, M. Daniel Zéphir ne reconnaît pas la légitimité du coordinateur du syndicat.
Cette situation est d’autant plus étonnante, que la société Marnier-Lapostolle, dans les mêmes conditions politiques, sociales et économiques que la vôtre a su trouver la voie de la négociation.
C’est pourquoi je vous demande instamment de respecter les droits légaux de ces travailleurs, particulièrement :
• La fin des pratiques discriminatoires qui écartent plusieurs ouvriers des bénéfices légaux ;
• Le respect des prescrits de la loi concernant les conditions de travail en Haïti;
• L’ajustement de leurs salaires ;
• Le respect du syndicat
• L’affichage des règlements intérieurs ;
• La négociation d’une convention collective de travail.
Comptant sur votre action immédiate, veuillez recevoir, Monsieur le Directeur, mes salutations distinguées.
(signature)
Merci d’informer, si possible, Batay Ouvriye de votre démarche :
BATAY OUVRIYE
BP 13326
DELMAS, HAITI
Email : batayouvriye@hotmail.com
Vous pouvez également compléter cette action en adressant une copie de votre courrier au website de la Société Cointreau : http://www.cointreau.com