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ARCHIVES GÉNÉRALES GUACIMAL


Nos Déclarations

Correspondance

Documents du Syndicat

  • Intervention No. 3 SOGS - Liste Revendications
  • Intervention No. 4 du SOGS (10 mars 2001) (Créole)- Position du Syndicat (qui a reçu son attestation, après huit mois d'attente) sur la discrimination opérée dans la distribution des terres.
  • Appel à la Mobilisation du Syndicat (10 avril 2001) (Créole)
  • Revendication des Ouvriers de Guacimal Madeline (10 avr. 2000, reprise interv. no. 3 29 août 2000)
  • Appel initial Guacimal, Oct. 2000
  • Le Point Guacimal, 22 Nov. 2000 ("Menaces Physiques contre les Ouvriers Syndiqués")
  • Syndicat des Ouvriers de Guacimal Madeline, Présentation (inclus photos) Juin 2000
  • Première intervention du Syndicat des Ouvriers de Guacimal St Raphael (22 Nov. 2000

Album photo

  • Conditions de travail à l'usine de Madeline
  • La Plantation
  • Jugement de syndicalistes illégalement arrêtés
  • Piquet de protestation

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  • « Enpinite Patwon » (Créole)

APPEL No. 2 NOVANM 2000

MENACES PHYSIQUES CONTRE LES OUVRIERS SYNDIQUÉS
de Guacimal S.A. – Principal Fournisseur de la Liqueur Cointreau

Au mois d’octobre 2000, Batay Ouvriye contactait Haïti Support Group, War on Want (Angleterre), Réseau-Solidarité (France) et divers autres groupes en vue d’une campagne de soutien aux luttes des travailleurs de la Société Agricole des Produits Guacimal S.A. dont les ouvriers fournissent la matière première nécessaire à la fabrication de la liqueur COINTREAU. Jusqu’à ce jour, cependant, la situation dans cette entreprise demeure identique, si non pire, dans la mesure où la direction, au lieu de respecter la loi, a préféré utiliser toutes sortes combines pour se soustraire à une amélioration même minimum des conditions de travail des ouvriers et ainsi, continuer à jouir impunément de leur exploitation. Batay Ouvriye présente ici une mise à jour de ces luttes.

A Guacimal, St Raphaël, le mardi 21 novembre 2000, le superviseur Jean-Marie St Fleur, revenu du bureau central de l’entreprise Guacimal S.A., Cap-Haïtien, s’est réuni avec les neuf gardiens de la plantation. Immédiatement, une rumeur s’est répandue, à savoir ordre aurait été donné pour le passage à tabac, la semaine prochaine, de tout ouvrier syndiqué. Ce bruit est d’autant plus alarmant qu’il fait suite à une série de persécutions dès la formation de ce syndicat. Signalons-les ci-dessus :

  • Aussitôt le syndicat constitué, et établi le 3 octobre 2000 la liste de revendications la Direction de Guacimal S.A. avait expédié Juge de Paix et Police rurale pour mettre fin au mouvement revendicatif. Seule la justesse des doléances des ouvriers dans le cadre des lois en vigueur avait pu freiner les menaces d’arrestation et de bastonnade.

  • Dans un deuxième temps, cette direction contactait le Ministre des Affaires Sociales et du Travail pour qu’elle envoie une délégation de haut niveau dans la plantation afin de contester le droit légal de formation du syndicat. Arrivée respectivement sur les lieux les 25 et 28 octobre dernier celle-ci constatant une certaine confusion au sein des membres du syndicat où figuraient ouvriers cueilleurs et métayers (telle était en fait la composition des travailleurs de la plantation), la délégation leur a exigé de remanier le Comité directeur du syndicat comme pré-condition à toute action. Question de temporiser, encore une fois, l’échéance d’un affrontement. En dépit de l’importance du défi, le syndicat a obéit avec célérité, à cette injonction la semaine même. Le 4 novembre, la composition remaniée du comité était communiquée au Ministère.

  • Pendant ce temps circulait une rumeur de corruption des gardiens de la plantation. Ceux-ci, convoqués au Cap-Haïtien, auraient été mis en garde contre toute forme de collaboration avec le syndicat. Deux d’entre eux auraient même touché une forte somme en vue de briser le syndicat. Le bruit de son démantèlement s’est répandu tel un feu de paille.

  • Tout au cours du mois de novembre, ces persécutions n’ont eu de cesse, provenant particulièrement du superviseur Jean-Marie St Fleur qui interdisait de travail les membres affiliés au syndicat. Le 16 novembre, par exemple, St. Fleur interpelle un ouvrier du bas de l’arbre sur lequel celui-ci cueillait les fruits : « fous tes pattes à terre », lui lançait-il, en l’invitant à se battre à coups de poing. Il faisait suivre cette agression de la fulgurante déclaration antisyndicale qui suit : «C’est ça, vous vous prenez maintenant pour des ayant droits, vous vous croyez aux commandes… Sachez qu’on n’a jamais vu d’illettrés diriger des personnes cultivées. Le syndicat est composé d’ignorants. La seule chose qui lui donne vie est la politique étrangère

  • Dans ce même contexte, depuis environ deux semaines, M. St Fleur empêche les camionneurs de collecter les oranges cueillies par les ouvriers syndiqués, les pénalisant ainsi pour leur participation au syndicat. Les camions sont uniquement dirigés vers un périmètre délimité, haut Guacimal, où opèrent les gardiens, les quelques ouvriers qu’ils ont pu soudoyer et parfois des personnes étrangères à la plantation ! A noter que les neuf gardiens ne cueillaient pas d’oranges par le passé. Il s’agit là d’une initiative contre syndicale.
    De plus, la famille de Mme Liciane Desarmes décédée après de nombreuses années de travail dans la plantation, par exemple, n’a pas touché la moindre indemnisation- pension, comme stipulée par la loi, et Edanyo St. Fleur qui vient de prendre sa retraite n’a reçu qu’une pitance comme pension.

  • Cependant le Syndicat ne s’est pas laissé intimider. Le 22 novembre dernier, la direction de l’entreprise refuse de recevoir des mains des délégués syndicaux rendus au Cap-Haitien, la notification d’un arrêt de travail en vue de négociations. Le Syndicat est donc décidé à faire valoir ses intérêts en exigeant une rencontre avec la direction. Rappelons qu’à date, la direction elle-même n’a jamais consenti à rencontrer le syndicat contrairement aux allégations du directeur d’achats, M. Morineau.

***

A Guacimal, Madeline , il en est de même qu’à St Raphaël. La direction a également rusé afin de retarder l’échéance de sa mise en règle avec les termes de la loi. En dépit du déferlement d’un important mouvement de solidarité internationale et du passage, début novembre, d’un émissaire de Cointreau, Monsieur Morineau, aucun dialogue n’a été possible avec lui, car son bref tour de l’usine s’est fait sous escorte patronale…). Pas la moindre amélioration n’a pas été apportée au sort des ouvriers. Au contraire, tout comme à St Raphaël, les dirigeants de l’entreprise semblent déterminés à leur faire payer le prix de leur affiliation au syndicat. Ainsi :

  • Depuis la semaine du 20 novembre, il a été décidé d’interdire aux ouvriers (délégués ou pas) la moindre absence. Traditionnellement, l’emploi était transmis de père en fils, de mère en fille, pratique graduelle consistant à remplacer, en cas de maladie, des travailleurs par un de leurs enfants. Non seulement cette pratique ne menaçait en rien la position légale des ouvriers, mais de plus la paie de la journée était partagée entre le titulaire et le remplaçant. A présent, le superviseur Philippe Mompoint déclare que de telles pratiques ne seront plus tolérées. Les remplaçants devront être « diversifiés ». Ainsi, l’ouvrier absent même en possession d’un certificat médical sera remplacé le lendemain par quelqu’un d’autre, parfois même étranger à l’usine ! Stratégie très claire d’aménagement d’une force de travail alternative, d’autant plus que dans cette usine ne travaillent que seize femmes et seize hommes. Ce qui de fait, leur défend la moindre absence pour raison de participation éventuelle à des rencontres de coordination avec le syndicat de St. Raphaël …
    Cette situation est particulièrement pénible pour deux ouvriers, Mompoint Bernard et Eva Petit-Frère, malades de longue date et qui se voient écartés de la sorte inévitablement de leur position à l’usine.
    Le parallèle entre la formation de groupes de travail « jaunes » à St Raphaël et Madeline n’est pas fortuit. Il s’agit dans l’ensemble un tableau de persécutions contre les travailleurs syndiqués.

  • Rappelons la contestation ou le rejet du Comité directeur initial – Par une série de manœuvres parfaitement déloyales, la Direction de l’usine a prohibé au syndicat le droit de choisir comme leur coordinateur général, M. Richemin Milfort, employé de longue date. Alléguant que celui-ci ne relevant pas de leur direction mais plutôt du chauffeur du camion chargé de l’élimination des déchets, elle renvoyait le cas au Ministère des Affaires Sociales (région Nord) qui, entièrement ralliée à la cause du patronat, concluait en sa faveur. Un bref revers de la situation venant d’une éclatante déclaration contradictoire signée du propriétaire du camion était à nouveau renversé le lendemain par une tractation clandestine immédiate qui produisait un étonnant nouveau document en faveur de la direction et signé par toutes les parties concernées. Ainsi, M. Richemin Milfort était effectivement remplacé de son poste au Comité directeur du Syndicat et les pourparlers renvoyés à un délai d’environ un mois.

  • Au cours de deux séances de négociation tenues à la fin du mois d’octobre, la Direction consentait apparemment à la plupart des demandes d’amélioration des conditions de travail des ouvriers et fournissait sur le champ les couteaux, gants et cache-nez qui étaient réclamés de longue date à l’usine. Ce matériel provenait des excédents du matériel de protection à destination de l’usine Marnier-Lapostolle (où il a d’ailleurs fait défaut, suscitant moult réactions de protestation). A la demande des ouvriers de Madeline, à savoir pourquoi ils ont dû tant attendre alors que ce matériel semblait être à portée de la main, la Direction répondait cyniquement « parce qu’il n’y avait pas encore de syndicat… ».

  • Le syndicat avançait la revendication d’un ajustement de 80 centimes sur chaque caisse d’oranges traitées. La direction tourna cette proposition en dérision en offrant un maximum de 5 centimes !

  • Depuis lors, strictement rien n’a été entrepris à l’usine de Madeline. Les promesses de réfection des toilettes, douches, bâtiments… sont restées lettre morte.

A Madeline, comme à St Raphaël, le syndicat est à bout de patience et a signifié à la direction ainsi qu’au Ministère des Affaires Sociales sa détermination de trouver une réponse à ses justes revendications . Aussi, un arrêt de travail est projeté dès la semaine prochaine, le lundi 27 novembre 2000.

A cette phase de la lutte, une coordination précise et constante entre le syndicat de Madeline et celui de St Raphaël est indispensable. Or,premièrement, vu que les délégués syndicaux n’ont aucune couverture légale et financière et vu que les mesures concernant les « absences » frappent particulièrement les délégués, cette coordination devient coûteuse et difficile d’autant plus que les déplacements se font en montagne.

Les responsables directs de ces graves conflits se nomment Nonce et Daniel Zéphir. Deux dirigeants d’entreprise incontournables dans la région du Cap Haïtien, particulièrement dans le domaine de l’agro-export. Vu l’âge avancé de leur oncle, Jacques Novella (citoyen français, propriétaire des Établissements Novella traditionnellement dans le commerce du café mais actuellement réorienté dans diverses branches d’activités, notamment, celle du commerce d’oranges amères, ces deux esclavagistes lui ont succédé dans la gestion de l’entreprise. Tous deux, par leur expérience aux établissements Novella, héritent d’une riche expérience dans le mépris absolu des lois haïtiennes.

En plus des réactions qui leur ont été léguées viscéralement, ils sont aussi guidés par le lucratif commerce de devises actuellement en cours en Haïti. En effet, quand la maison Marnier-Lapostolle (Grand Marnier) ordonnait à Daniel Zéphir de régler le conflit qui traînait dans cette entreprise depuis plus d’un an (1998-1999), deux jours après son départ de Paris, celui-ci s’arrangeait pour retenir $US 0.20 (cinq gourdes) par jour sur chaque journalier et environ la même somme sur les ouvriers cueilleurs, $US 0.01 (0.25 gourdes) sur chaque caisse d’oranges. Ceux-ci cueillent en moyenne vingt caisses par jour en saison. A raison de vingt centimes de dollar américain par jour sur cent-cinquante ouvriers, monsieur Zéphir s’octroie ainsi la coquette somme d’environ $US 10.950 par an.

Mais au bout du compte, ces messieurs opèrent pour les grosses boites multinationales que sont Cointreau et Grand-Marnier. C’est d’eux qu’ils reçoivent les ordres, ils sont au service de ces géants de produits de luxe internationaux. D’où la complexité de ces conflits qui met à nu les disparités aberrantes entre une industrie de la mondialisation et des pratiques inhumaines et archaiques. Les oranges sont vraiement amères…

Dans cette situation où l’intégrité physique des syndicalistes est menacée, nous encourageons vivement tous ceux qui se sentent outragés par ces injustices criantes ces multinationales qui détiennent droits de vie et de mort sur les ouvriers qui triment pour la fabrication des matières premières indispensables à la liqueur Cointreau.

Voici leurs adresses :

  • Daniel et Nonce ZEPHIR – Directeurs, Société Agricole des Produits Guacimal S.A., BP 53, Cap-Haïtien, Haïti

  • M. Pierre Cointreau, Président, Société Cointreau, Carrefour Molière, 49124 St BARTHELEMY D'ANJOU, France

  • Dominique Hériard Dubreuil, Groupe Rémy Cointreau, 152, avenue des Champs-Élysées, 75008 Paris, France

  • Cointreau, One World Trade Center, 107th Floor, New York, NY 10048, phone 212-524-7000, fax 212-524-7016. Email <joelle.jezequel@remy-cointreau.com>

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Merci de porter votre message de solidarité et une copie conforme à l’attention de Batay Ouvriye : batayouvriye@hotmail.com ou B. P. 13326 Delmas, Haiti, Grandes Antilles

Rappelons les modestes revendications des deux Syndicats, de St. Raphaël et Madeline n’incluant de leur part aucun appel de boycott :

  • Paiement de $US 0.80 (20 gourdes) par caisse d’orange cueillie ou traitée ;
  • Fournitures d’équipement nécessaire au travail (gants appropriés pour les coupeurs d’orange – l’acide étant très nocif et les gants fournis bien trop fins ; casques de protection contre les guêpes, bottes, échelles pour les cueilleurs.
  • Respect des prescrits de la loi concernant congés, pension, heures supplémentaires, règlements intérieurs ;
  • Installation de toilettes, douches, salle de repos, services médicaux;
  • Respect des droits syndicaux ;
  • Respect de l’intégrité physique des travailleurs.

Rappelons qu’en 1999, le profit net de Cointreau était de près de 55 millions de francs pour un chiffre d'affaire de 753 millions.