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CONTEXTE DES FAITS DU 27 MAI 2002 À GUACIMALLe lundi 27 mai 2002, un groupe de travailleurs de la région de Guacimal, St Raphaël, au Nord d'Haïti, s'apprêtait à reprendre les travaux agricoles des champs d'orangers auxquels ils s'adonnent depuis près de cinquante ans. En effet, ces terres productrices d'oranges à destination de Cointreau (compagnie française produisant la liqueur du même nom) avaient été vendues à l'entreprise Guacimal S.A., alors dirigée par M. Novella, sur les bases d'un contrat verbal (mais ferme) garantissant l'embauchage des mêmes familles de vendeurs pour la cueillette ; ces derniers jouiraient également de leur usufruit durant la période d'intersaison. Cette entente date de 1958 ! Et depuis lors, cela s'est toujours fait ainsi. Lors des opérations d'achat, la direction de Guacimal S.A. avait promis centres de santé, routes, écoles, irrigation générale de la zone, développement… Il n'en fut rien. Pire, aucun droit des ouvriers de la plantation n'a jamais été respecté non plus, tels bonis, congés, équipements de travail, etc.…, une longue série de droits légaux ratifiés au Code du Travail. Pire encore, après un certain temps, les « watchmen » placés par la direction pour gérer ses terres se mirent à exiger la moitié des récoltes réalisées durant la saison à la nouvelle génération de paysans. En mars 2001, un Syndicat Ouvrier et une Association de Planteurs, tous deux affiliés à l'Intersyndicale Premier Mai / Batay Ouvriye (ESPM-BO, en créole), prirent naissance à Guacimal sur la base de ces revendications précises, donc : le respect des droits ouvriers selon le Code du Travail, l'élimination du métayage et la réalisation des promesses faites durant la vente des terres. C'est à ce moment que la situation s'est corsée. La direction, alors passée à un membre de la famille Novella (Nonce Zéphir), ne choisit nullement de s'entendre avec les travailleurs pour satisfaire leurs revendications ; au contraire, elle s'opposait aussi catégoriquement à reconnaître le syndicat que de s'asseoir à la table de négociations. Graduellement, la situation s'empirait, suite aux exactions répétées et parfois violentes des représentants de Zéphir: intimidations, menaces sur les membres du Comité, interruptions régulières et fracassantes des réunions, coups, blessures et arrestations illégales… Et, face aux luttes paysannes employant les moyens légaux à leur disposition (grève, arrêts de travail), la direction répondait toujours avec pressions, mensonges, exactions de tous ordres. A cette fin, elle s'acoquinait avec les autorités de St Raphaël, en particulier le magistrat d'alors, Cernand Sévère et le Juge Monero. Dès le début de 2001, l'Intersyndicale Premier Mai / Batay Ouvriye sollicitait le Ministère des Affaires Sociales avec insistance pour qu'il réalise une investigation et se porte garant de la loi. Ces démarches ne débouchèrent que sur l'impasse. En juin de la même année, divers articles sortaient dans la presse (en particulier Haïti Progrès et Haïti en Marche) pour alerter l'opinion publique de cette situation de plus en plus critique vu le refus systématique de la direction à respecter les droits des travailleurs, ainsi que ses manœuvres et pressions constantes pour les terroriser. Le 17 juillet, nous écrivions formellement deux lettres, une au Ministre des Affaires Sociales, Mme Eude St Preux Craan, et l'autre au Ministre de la Justice, Me. Gary Lissade, avertissant que : « Un bain de sang se prépare à la plantation de Guacimal ». Aucune réponse ne nous est parvenue, aucune action ne fut entreprise, aucun souci ne fut même exprimé. Le 26 novembre, un représentant de Batay Ouvriye rencontrait un délégué de Cointreau, M. Olivier Charriaud, en France pour discuter de la situation ; les oranges étant destinées à cette compagnie, elle était bien placée pour intervenir. Effectivement, peu après, M. Charriaud relatait, dans une lettre datée du 17 janvier 2002, que « … nous avons rappelé plusieurs fois au gérant de Guacimal notre volonté de voir les engagements que nous avons réclamés entièrement tenus et de savoir les règles de droit, ainsi que les droits fondamentaux des travailleurs respectés ». Malgré tout, les dirigeants haïtiens restaient de glace. Et, face aux exactions alors incessantes faites aux travailleurs, nous avons finalement interpellé le Délégué Départemental, M. Myrtho Julien, par écrit, toujours pour l'avertir des violations répétées de leurs droits, des coups qui leur étaient infligés, des arrestations, et, surtout, de la gravité de la situation, exigeant l'intervention du pouvoir exécutif pour y mettre un frein et assurer le respect de la loi. Encore: mutisme absolu ! Entre-temps, face à son incapacité à trouver une solution claire et légale à cette situation, la direction confiait la gestion de la plantation au curé de St. Raphaël, le R. P. Lionel Jean-François. Celui-ci, en plus de s'arroger un nombre de ces terres (ainsi qu'à la fabrique), commençait par annoncer l'écartement de tous ceux qui y travaillaient antérieurement, affirmant qu'il allait chercher d'autres ouvriers ailleurs ! Ceci sans tenir nul compte de la justesse et la légalité des revendications ouvrières suivant le Code du Travail, sans considération du fait que plus de quatre cents familles pratiquaient le travail de ces terres depuis près de cinquante ans (donc sans respect du droit coutumier) et sans aucun respect pour l'accord verbal (mais, encore une fois, ferme) passé au moment de la vente. Plus de quatre cents familles paysannes de la région de Guacimal qui avaient vendu leurs terres sur la base de l'accord conclu se trouvaient dans cette situation sans aucune alternative de vie, dès lors qu'il était répudié. D'où leur décision, le lundi 27 mai 2002, de retourner travailler ces champs, tel que cela s'était continuellement fait et selon l'accord qui avait toujours existé, sachant clairement qu'elles étaient dans leur droit. A cette fin, elles invitaient des associations de Batay Ouvriye au Cap-Haïtien et à St. Michel de l'Attalaye pour les appuyer. De plus, deux journalistes (Darwin St. Julien du journal Haïti-Progrès et Alan Deshommes de Radio Atlantique) étaient invités à couvrir la journée. C'est alors qu'ils découvraient une horde de grands propriétaires fonciers, représentants communaux (Casec, Asec) et autres individus munis de pierres, machettes et armes à feu, venus à leur rencontre, en vue d'un massacre. Ils se jetaient sur les travailleurs, blessant plusieurs, lynchant deux personnes âgées (hâtivement jetées dans une fosse sur place) et poursuivant le reste du groupe en fuite. Le bain de sang avait eu lieu. * Le même jour, le maire actuel de St. Raphaël, Adonija Sévère, annonçait la nouvelle à la presse, comme quoi une équipe de « déchouqueurs-terroristes » étaient venu « voler » les terres et que l'Etat avait été obligé d'intervenir. A cette fausse accusation était ajouté un amalgame sans queue ni tête avec un secteur qui précédemment avait abattu des orangers. Il terminait même en qualifiant l'opération de « victoire » pour l'Etat Haïtien. Parallèlement, la police continuait à arrêter le groupe des paysans pauvres et même les journalistes ! Le lendemain, un hélicoptère venait chercher les onze personnes faites prisonnières et les emmenait à Port-au-Prince où la Télévision Nationale d'Haïti et Radio Métropole diffusaient la nouvelle avec cette même coloration de « voleurs de terres », sans non plus mentionner quoi que ce soit du dossier, sans solliciter l'avis d'aucune autre partie intéressée : une désinformation totale, un montage sadique. Nous de Batay Ouvriye, qui connaissons la complexité de cette situation, soulignons comment la direction de Guacimal S.A., en la personne de Nonce Zéphir, rétrograde absolu, préfère enfoncer davantage la situation en s'associant avec les propriétaires fonciers les plus réactionnaires et acceptant de retourner au métayage, au lieu de négocier avec les travailleurs et respecter leurs droits légaux. Nous faisons remarquer, aussi, qu'en tant que sanguinaire total, Zéphir continue à approuver à cent pour cent toutes les exactions réalisées par ses différents intermédiaires. Enfin, nous ferions ressortir qu'en dépit de l'enregistrement légal du Syndicat, jamais il n'a été reconnu par la direction. Comme quoi, ces bourgeois sont au-dessus de la loi. Parallèlement, il faut souligner le fait que le gouvernement Lavalas, par l'intermédiaire de toutes les instances touchées, sans distinction aucune, s'est toujours refusée à intervenir, sauf pour orchestrer le bain de sang fait sur les petits paysans de Guacimal le lundi 27 mai passé et répandre une désinformation préméditée autour d'un dossier qu'elles connaissent bien depuis plus d'un an. Tout en nous inclinant bas devant les dépouilles des victimes de ce massacre, Batay Ouvriye exige réparations pour tous ceux affectés. |
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