Madame,
Permettez de moi de donner une suite à notre entretien du 26 novembre dernier dans nos bureaux et à votre courrier du 4 décembre. Car il est essentiel à mes yeux qu'il ne subsiste entre nous aucun malentendu.
Je ne peux pas, par exemple, vous laisser écrire que les informations données par nous en réponse aux courriers reçus sont « totalement fausses » : elles correspondent à l'état de nos connaissances. A ce jour, une partie des améliorations que nous avons demandées aux dirigeants de Guacimal aurait bien été mise en oeuvre. Nous ne sommes pas en mesure de le contrôler sur place, c'est vrai, ni de déterminer perpétuellement la part d'objectivité dans les éléments fournis par les uns et par les autres. Nous avons eu l'occasion d'en parler, vous et moi, lors de notre rencontre.
Vous le savez, Guacimal est une société haïtienne qui nous livre des huiles essentielles d'oranges. Si nous avons décidé de participer aux mesures d'amélioration des conditions de travail dans cette entreprise, nous ne pouvons pas, même en qualité de client, intervenir directement dans sa gestion comme d'ailleurs dans celle d'aucun de nos fournisseurs. Comme j'ai eu l'occasion de vous le dire, nous avons rappelé plusieurs fois au gérant de Guacimal notre volonté de voir les engagements que nous avons réclamés entièrement tenus et de savoir les règles de droit, ainsi que les droits fondamentaux des travailleurs respectés. Après notre rencontre avec vous, le 26 novembre, à Paris, nous avons, à nouveau, insisté fermement auprès de lui afin qu'il s'y conforme. Il nous a assuré que la quasi-totalité de nos demandes avaient été appliquées, ou étaient sur le point de l'être. Car nous ne défendons pas seulement l'idée d'un dialogue social mais sa pratique elle-même, avec les syndicats représentatifs de nos salariés.
Aujourd'hui, en dépit de nos efforts, nous ne sommes pas certains que le climat social soit pour autant apaisé. Compte tenu de ce contexte, nous avons décidé de reconsidérer nos relations commerciales et de cesser tout approvisionnement en provenance de Guacimal.
Nous sommes d'autant plus confortés dans cette décision que l'activité économique de Guacimal n'en sera pas affectée : les débouchés offerts par ses autres clients aromaticiens internationaux qui génèrent déjà l'essentiel du chiffre d'affaires sont en effet en expansion constante.
Je souhaite que cette lettre vous confirme dans notre bonne foi et clarifie la nature des relations de notre entreprise avec cet ancien founisseur.
Je vous prie de croire, Madame, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.
Olivier CHARRIAUD
Directeur International Cointreau