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PRESSE

Réponse à la Désinformation du Haiti Press Network, Relai, avec Radio Métropole, de la Propagande du Gouvernement au service de la Bourgeoisie


*** A NOTER QUE LE DROIT DE RÉPONSE NOUS FUT NIÉ DANS CES DEUX MÉDIAS ***

Au : Haïti Press Network

De : Batay Ouvriye

Sujet : Votre poste du 29 mai 2002

Madame, Monsieur :

Cette lettre est pour porter rectification à votre dépêche complètement erronée du 29 mai 2002.

« HAITI PRESS NETWORK|

PROVINCES

Invasion de 166 carreaux de terre à Saint Raphaël

Posté le 29 mai 2002

Un groupe d'individus venant de Saint-Michel de l'Atalaye a débarqué, lundi, dans la commune de Saint-Raphaël, pour occuper trois cents soixante-six carreaux de terre appartenant à un industriel régional, Jacques Novella

Nord

Cap-Haïtien - Un groupe d'individus venant de Saint-Michel de l'Atalaye a débarqué, lundi, dans la commune de Saint-Raphaël, pour occuper trois cents soixante-six carreaux de terre appartenant à un industriel régional, Jacques Novella. Le maire de cette municipalité, Adonija Sévère, a affirmé que ces envahisseurs, qui font partie de l'organisation " Batay Ouvriye ", avaient
lancé des pierres et tiré des projectiles sur les habitants. Cette invasion a provoqué la colère de la population qui a lynché deux d'entre eux. La police est intervenue et a procédé à l'arrestation de sept membres de cette organisation, dont deux journalistes qui les accompagnaient. Il s'agit de Darwin Saint-Juliet (Haïti Progrès) et d'Allan Deshommes (Radio Atlantique). Cette tension a paralysé toutes les activités commerciales et scolaires de la ville. »

Nous souhaiterions une diffusion par votre réseau de cette rectification, conformément au droit de réponse éthiquement exigible dans le journalisme.

Dans votre note, qui semble uniquement basée sur les propos du maire et/ou de la police de la région, vous affirmez qu'un groupe de personnes (« envahisseurs » « de l'organisation Batay Ouvriye ») venus de St. Michel de l'Attalaye aurait tenté de s'accaparer d'une terre appartenant à Jacques Novella.

Tout d'abord, le devoir de tout journaliste consciencieux en pareilles circonstances serait de s'informer. La moindre recherche, même uniquement sur le web, voire dans les journaux, vous aurait longuement édifié sur les antécédents de cette affaire, qui remontent à plus d'un an et demi ! En effet, alors avait été mis sur pied un syndicat, le Syndicat des Ouvriers de Guacimal St. Raphaël (SOGS) revendiquant l'amélioration de leurs conditions de travail en tant que cueilleurs d'oranges. Il faut savoir que l'entreprise « Guacimal S.A. » appartenant à monsieur Novella et ses neveux, Nonce et Daniel Zephir, produit pour la grande firme française, « Cointreau », dont les bénéfices nets pour l'année 1999-2000 étaient de soixante et un millions de dollars US et le PDG, Mme Dominique Hériard Dubreuil, est classée cinquième parmi les femmes d'affaires les plus puissantes au monde (Fortune Magazine). Novella et les Zéphir comptent parmi les propriétaires les plus riches et aussi les plus rétrogrades de la région et même du pays. En chacune de leurs entreprises les ouvriers se sont soulevés contre les conditions de travail proprement dignes de l'esclavage, quitte à subir pressions, révocations et même coups. Le droit syndical est régulièrement empiété et de la façon la plus violente.

A Guacimal, la réaction des patrons à été de systématiquement d'écarter tout ouvrier organisé. En dépit des maintes manoeuvres patronales auprès du gouvernement pour empêcher la légalisation du syndicat, cette étape fut passée de haute lutte. Dès lors, les ouvriers encouraient hargne et attaques constantes des « watchmen » de Novella qui les empêchaient de travailler et oeuvraient même à les écarter de ces terres dont ils avaient été les propriétaires depuis des années.

Car ce n'est qu'en 1958 que Novella avait acquis ces terres au prix de $30 le carreau, achat qui s'accompagnait de forces promesses de développement : route, dispensaire, irrigation, école... Il s'agissait bien d'un accord, passé entre les paysans et l'acquéreur, où, de plus, l'usufruit des terres leur était laissé en intersaison. Ce n'est que durant les années récentes que les « watchmen » se sont arrogés le droit à un prix de métayage, ce qui était contesté par les travailleurs.

Nous ne nous étendrons guère sur les détails du développement de ce conflit. Ce qui, par contre, est important de souligner est que tandis que le patronat violait ces accords impunément, jamais l'Etat, pourtant incessamment alerté par les travailleurs, par voie des diverses institutions concernées (Ministère des Affaires Sociales, de la Justice, Délégation du Nord) n'ont assumée la responsabilité de gestion de ce conflit. Batay Ouvriye, dont l'Intersyndicale Premier Mai comprend le Syndicat des Ouvriers de Guacimal St Raphael, 'a jamais cessé, depuis la constitution du syndicat, de mettre en avant la menace d'un conflit sanglant à Guacimal.

Que s'est-il passé la semaine dernière ? Des faits horribles, propres à des siècles révolus, à une féodalité aujourd'hui liguée avec les plus grands pouvoirs financiers, et qui a planifié de sang froid, prématurément, la tuerie d'honnêtes travailleurs qui ne faisaient que réclamer leurs droits.

Le vendredi 17 mai, une large réunion des habitants de Guacimal décidait qu'avec les pluies, il était nécessaire que toutes les familles usuellement cultivatrices entreprennent le sarclage coutumier de saison et que le lundi 17 mai, la répartition des espaces pour cette opération aurait lieu. Cette décision était d'autant plus motivée par de récentes déclarations du curé Léonel Jean-François, dit « Père Lele », à qui les propriétaires semblent avoir remis la gestion de l'espace conflictuel ; Père Lele aurait décidé d'organiser la nouvelle récolte avec un grand nombre de personnes étrangères à ces terres, consacrant, surtout, l'écartement anti-syndical systématique des propriétaires.

La réunion avait lieu à l'Eglise de Guacimal, au vu et au su de tous.

Le jour dit, les travailleurs, ainsi constitués, procédaient vers les terres aux fins susdites. Mais uniquement pour rencontrer une horde menaçante dirigée par les autorités de la zone (en particulier Lavaud, grand propriétaire foncier au service de Novella et les nouveaux « chefs de section » -- le Casec Analyas et l'Asec Letoine) ; cette foule était armée d'armes blanches (batons et machettes « coulin » flambant neuves) et d'armes à feu. Face à son avancée, les travailleurs de Guacimal (accompagnés d'une délégation d'une vingtaine de membres de Batay Ouvriye de différentes régions et de deux journalistes du Nord) n'avaient aucun autre choix que de replier. Des coups de feu partirent, dont le premier provenait du Casec. La fuite fut effrénée, projectiles de toutes sortes pleuvaient. Un premier groupe a pu organiser un repli ; d'autres, tentant un dialogue avec le camp adverse, fut brutalisé, arrêté et même tué. Ainsi, deux personnes âgées de St Michel de l'Attalay, membres de Batay Ouvriye mais assez distantes de ce conflit, étaient interceptés dans une maison loin des champs, au lieu-dit « Carrefour Logalite » et, en représailles, traînés, attachés de cordes, jusqu'aux champs de Guacimal. Là, le carnage eut lieu : mutilation et découpage des victimes vives. Après quoi leur tête fut coupée et le tout, membres et têtes, jetées dans un trou...

Cette mise en scène horrifiante relève intégralement des macabres desseins de ses orchestrateurs. Nous, de Batay Ouvriye, dont le champ d'action syndical s'est jusqu'ici grandement restreint à la pratique des usines, ne pouvons que nous baisser bas devant les dépouilles des victimes, ouvriers, travailleurs héroïques dans le combat séculier contre l'exploitation. En même temps, notre détermination n'en sort que décuplée pour continuer notre combat avec les travailleurs de Guacimal et de toutes les régions du pays où le despotisme patronal fait croupir le peuple dans la famine et le désespoir.

Pour Batay Ouvriye : Yannick Etienne

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