Jean Bertrand Aristide
Président de la République d'Haïti
Palais National
Champ de Mars
Port-au-Prince Haïti
ro/pdm/1431 Genève, le 23 août 2002
Objet: Liberté d'expression et liberté syndicale en Haïti
Monsieur le Président,
Nous avons appris le 20 août la libération de sept des prisonniers illégalement arrêtés lors des événements de Guacimal le 27 mai dernier, et nous nous en réjouissons.
Au nom des travailleurs de l'agriculture et des plantations que représente notre organisation internationale, nous appuyons totalement l'intervention de la Confédération internationale des syndicats libres qui, par courrier du 22 juillet, a condamné l'attitude de votre gouvernement.
Le gouvernement n'a pris aucune mesure pour empêcher une dégradation de la situation à Guacimal Saint-Raphaël prévisible depuis quelques années (et nous en avions d'ailleurs averti la société Cointreau par plusieurs courriers, notamment en juin 2001 et février 2002) et les autorités ne sont pas intervenues pour empêcher une confrontation violente au cours de laquelle, le 27 mai, deux personnes âgées ont été tuées, neuf syndicalistes et chauffeurs ont été arrêtés et détenus sans motifs, et deux journalistes emprisonnés pendant plusieurs jours.
Depuis lors, les autorités haïtiennes n'ont pas assuré le respect des droits de la défense et ont maintenu ces personnes en détention de façon totalement arbitraire jusqu'au 20 août.
Il reste aujourd'hui deux personnes en prison : Jérémie Dorvil et Urbain Garçon. Selon nos informations, ces deux personnes nécessitent des soins du fait des blessures reçues le 27 mai.
Nous réclamons la libération immédiate de ces syndicalistes et nous vous demandons de leur fournir des soins médicaux dans les plus brefs délais. Nous exigeons également que cesse toute action violente de la part de votre gouvernement contre les syndicalistes.
Nous vous enjoignons aussi d'offrir les garanties nécessaires de sécurité pour assurer le retour des syndicalistes chez eux et pour que puissent reprendre, au sein de la plantation de Guacimal, les activités syndicales telles que consacrées par les Conventions 87 et 98 de l'OIT dont Haïti est signataire. Enfin, nous vous demandons l'ouverture d'une enquête rigoureuse sur les événements tragiques du 27 mai afin de traduire devant la justice les coupables de ces très graves exactions aux droits de l'homme.
Ce qui est arrivé à Guacimal est une manifestation évidente du mépris de votre gouvernement vis-à-vis des droits de la personne et du droit des travailleurs, quel que soit leur employeur et quelle que soit la nature de leur emploi, à se regrouper et à défendre collectivement leurs intérêts. Il apparaît de façon évidente que le climat s'est détérioré à Guacimal Saint-Raphaël à partir du moment où un syndicat a été créé par les travailleurs de la plantation.
Nous appuyons l'affirmation de la Confédération internationale des syndicats libres selon laquelle l'instauration d'une politique répressive à l'égard des syndicalistes ne contribuera en rien à améliorer l'image de votre gouvernement et à attirer les investisseurs. Seuls le dialogue et le respect des droits de l'homme pourront assurer un équilibre propice à des investissements durables et bénéfiques.
Au nom des 340 organisations affiliées à l'UITA dans 126 pays, qui représentent plus de 10 millions de travailleurs dans le monde, nous vous informons que nous suivrons attentivement l'évolution de la situation en Haïti et que nous coopérerons avec toute organisation pertinente pour obtenir le respect des droits de la personne et des droits syndicaux dans votre pays.
Dans l'espoir d'une réaction positive de votre gouvernement et de la libération immédiate des deux syndicalistes encore illégalement emprisonnés,
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de notre considération distinguée.
Ron Oswald Secrétaire général - UITA