Mis sur pied en mai 2000, notre Syndicat regroupe la majorité des 35 ouvriers et ouvrières de cet établissement qui, depuis un quart de siècle, traite les oranges amères servant de matière première à la Maison Cointreau.
Nos conditions de travail sont déplorables : jusqu’à présent nous ne jouissions d’aucun avantage social prescrit par la loi (boni, congés, etc…). Ce n’est que grâce à nos luttes que nous avons même pu obtenir des badges de travail. Or la Direction a été prévenue en maintes fois de ces obligations légales par les syndicats de ses autres établissements.
Géré à distance par M. Jacques Novella, citoyen français apparemment retraité et qui voyage constamment entre sa patrie et Haïti, nous n’avons aucun interlocuteur clair à qui adresser nos doléances. Le gérant responsable de son établissement personnel, la Maison Novella, M. D. Zéphir, a récemment roué de coups un de ses ouvriers, M. Odilaire Duroseau, qui lui réclamait son dû.
Le superviseur direct de l’usine, un dénommé Philippe, se plait à nous insulter. L’année dernière, au départ de M. Novella, il eut à baisser le maigre ajustement salarial que celui-ci avait consenti, de 50 centimes de gourdes ($US 0.025) par caisse d’oranges traitées à 25 centimes. Ce n’est qu’un signe du mépris qu’il a pour nous.
Nos revendications aujourd’hui :
• Bottes, cache-nez, gants, couteaux…
• Congé maladie
• Jours fériés
• Paiement des heures supplémentaires
• Congé maternité
• Services médicaux
• Salle de repos
• Ajustement salarial en rapport avec l’inflation.
Notons que l’ensemble de ces points n’avance en rien par rapport au minimum légal. Nous ne demandons aujourd’hui que la stricte application de la loi.
L’usine est approvisionnée par l’Orangeraie de Guacimal, dans la région St. Raphaël (Plateau Central). Là, plusieurs centaines d’ouvriers cueillent les oranges dans des conditions carrément moyenâgeuses. D’après ce que nous apprenons, même le peu de salaire qui leur est envoyé par le bureau central de gestion (Zéphir) est subtilisé par ses intermédiaires. L’année dernière une savonnette leur était offerte pour tout boni de décembre. Notre syndicat reste en communication avec ces camarades dans l’espoir qu’ils sauront s’organiser bientôt.
La signature d’une Convention Collective de Travail est une priorité de première importance pour notre Syndicat.
Comme on peut le voir (photos usine Madeline) les conditions hygiéniques laissent grandement à désirer.
De plus, les accidents de travail sont nombreux, surtout parmi les seize ouvrières qui, debout toute la journée, tranchent les oranges à une vitesse inouïe. Rares sont les saisons où l’ouvrière ne souffre d’une coupure grave. La plupart d’elles ont déjà laissé à l’établissement les bouts d’un ou plusieurs doigts.
L’acide des oranges est nocif à l’extrême, ce qui entraîne une détérioration certaine des ongles, ainsi que de nombreuses mycoses cutanées.
Aucun service médical n’est offert ni à l’intérieur ni à l’extérieur de l’établissement.
Le bassin qu’on voit ici sert à nettoyer les oranges reçues des campagnes. Rempli d’eau froide durant les périodes de travail, un travailleur est obligé de s’y tenir debout douze heures par jour pour servir de courroie humaine de transmission. Aucun équipement imperméable ne lui est fourni ; durant les mois d’hiver, ce monsieur âgé gèle en place.
Quand on pense que la société pour laquelle produit Guacimal-Madeline est l’une des plus riches de France (13 millions de bouteilles de Cointreau vendues chaque année !) ce sol jonché d’appareils de toutes sortes rappelle les racines historiques d’une exploitation à outrance qui se perpétue aujourd’hui. Ce n’est guère un hasard que la Maison, fondée en 1842, remonte à l’introduction du capital néo-colonial dans l’économie haïtienne, au milieu du dix-neuvième siècle.