Le lundi 2 mars 2004, la direction de la zone franche Codevi à Ouanaminthe a brutalisé et révoqué illégalement 34 travailleurs syndiqués en leur disant simplement de revenir touché le lundi suivant, 8 mars. Ces révocations furent accompagnées de fortes menaces, armes à la main, certains ouvriers ayant même été frappés.
Cette situation faisait suite à deux semaines difficiles dans le pays ainsi qu’à la zone franche même, où :
- Le 16 février, le nouveau syndicat avait remis à la direction une lettre où il l’informait de son existence et lui demandait une réunion pour discuter de la situation à l’usine. Ce même jour, le directeur général du Grupo M dont fait partie la Codevi, M. Limbert Cruz, fit réponse formelle, également par courrier, accueillant favorablement la formation du syndicat et donnant son accord pour la rencontre demandée. Ce dernier s’apprêtait à y donner suite le 26 février, proposant les débats pour le 1e mars.
- Le mercredi 25 février, quelques ouvriers discutaient informellement avec des membres de la direction (Jean Renaud, Luis Gil et Jean Philippe) quand l’un d’eux, Ariel Jérôme, insistant sur certaines revendications assez antagoniques, s’entendit sur le champ déclaré révoqué ! Etonné, il protesta. C’est alors que les agents de sécurité, appelés à l’intérieur de l’usine, le frappèrent énergiquement, lui intimant également de remettre son badge.
- Le jeudi 26 février, la totalité des ouvriers refusa d’intégrer le travail en signe de protestation collective, exigeant la réintégration immédiate de Jérôme après avoir reçu les soins médicaux que demandait son état de santé affecté par les coups, ainsi que la révocation des principaux employés responsables de cette situation (Jean Renaud et Borgella). Limbert Cruz, le directeur général, arrivé sur le terrain, vint parler aux ouvriers. Ils se mirent alors d’accord pour éliminer la révocation et prendre soin de Jérôme. Effectivement, son badge lui fut remis et on le dirigea vers le centre de santé. Par ailleurs, M. Cruz n’accepta pas de licencier les employés fautifs, rétorquant qu’il lui fallait d’abord, pour cela, communiquer cette décision à un plus haut niveau.
- Il n’allait jamais répondre sur cette question. Au contraire, le lundi 1e mars, Jean Renaud passa dans toute l’usine annonçant aux ouvriers que pour raison de baisse de commande de la part de Levi-Strauss, des ouvriers trouveraient leur licenciement. Il aurait même dit à certains que de perdre son travail, beaucoup d’autres souffriraient avant lui ! Rumeurs ? Toujours est-il que dans l’après-midi même, il convoqua tous les membres du syndicat et, avec fortes menaces et pressions, leur signifia leur révocation. Des « guards » des Forces Armées dominicaines (!) avaient été appelés pour l’occasion et c’est sous leur brutal commandement que le syndicat entier fut sur le champ conduit à la porte, molesté, humilié.
- Le mardi 3 mars, la totalité des ouvriers se mobilisa encore une fois pour protester contre cette révocation massive. C’est alors qu’intervinrent les membres de la dite « Armée Rebelle », brutalisa sans retenue la foule massée devant le portail, menottant quelques uns. Sous leurs coups et menaces les ouvriers furent obligés de reprendre le travail. Plus tard, on allait savoir que c’est la veille au soir que la direction les avait contacté pour maintenir l’ « ordre », étant donné qu’elle prévoyait que les ouvriers allaient protester contre le licenciement effectué et « donner des problèmes ». La liste des ouvriers syndiqués leur fut également remise, en indiquant que si leur présence était remarquée sur les lieux, ils devraient être particulièrement « pointés ».
Il est possible que suivent d’autres licenciements, tenant compte que divers ouvriers combatifs ne pensent pas abandonner la lutte et comptent fermement continuer à exiger la réintégration de leurs camarades. C’est dans ce cadre de BATAILLE que nous demandons à tout un chacun de s’engager et de porter concrètement sa contribution à cette première lutte en zone franche sur la terre d’Haïti, surtout que, comme partout ailleurs, le Bureau des Affaires Sociales se trouve actuellement fermé et que, donc, les propriétaires ont toute la latitude pour agir illégalement. En commençant par marquer votre indignation et votre préoccupation, écrivez à :
- Grupo M (mcapellan@grupom.com.do, fcapellan@grupom.com.do, lcruz@grupom.com.do);
- Levi-Strauss (mrodriguez@levi.com);
- Corporation Financière Internationale de la Banque Mondiale (bmcnamara@ifc.org, mconstantine@ifc.org);
- La presse
- En plus de toute forme de pression qui vous viendrait à l’esprit.
En solidarité,
Yannick Etienne