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"Orgueilleuse Vantardise d’Industriels :

Recourez à un Atelier de Misère Haïtien -

Nous payons une pitance à nos ouvriers"

julius bergmann, dimanche, 10/10/2004 - 04:53


Située à l’extrême nord-est d’Haïti, juste au bord de la frontière de la République Dominicaine, la ville de Ouanaminthe devrait être in petit paradis. Toutefois, son histoire et le commerce semblent s’être chargés de voir à ce qu’il n’en soit rien. En 1937, le dictateur dominicain Trujillo passa l’ordre de massacrer les émigrés haïtiens qui vivaient et travaillaient du côté dominicain de la frontière. C’est ainsi que des soldats dominicains, se guidant sur la couleur de peau et l’habilité à prononcer certains mots espagnols des personnes, décimèrent 20.000 Haïtiens. Des milliers encore furent délogés et s’enfuirent vers Ouanaminthe. C’est ça la mémoire de l’endroit, avec sa rivière qui marque la frontière et qui en témoigne puisqu’elle est aujourd’hui connue sous le nom de Rivière du Massacre. En 1993, l’Organisation des Nations Unies ordonna un embargo pétrolier sur Haïti dans un effort concerté pour en finir avec la dictature militaire du Général Cédras. Les embargos peuvent toujours être contournés et la ville de Ouanaminthe devint le centre du marché noir des produits pétroliers. Des milliers d’Haïtiens pauvres déferlèrent sur la ville, espérant y faire fortune, des milliers de litres de produits à base d’huile contaminèrent le sol et le système hydraulique. Cette pollution n’a jamais été éradiquée ; il en est de même pour les effets qui suivirent la construction précipitée de bidonvilles jamais rectifiés. En laissant de côté le problème concernant les ordures et les dispositions sanitaires, cette communauté improvisée qui avait besoin de bois pour cuisiner et se chauffer se servit dans les forêts avoisinantes, tradition de déforestation qui fut entérinée par les constructeurs de la zone franche de Ouanaminthe. Inaugurée en 2002, cette zone franche faisait parti d’un effort des gouvernements d’Aristide pour pacifier les pressions néo-libérales qui demandaient la privatisation et la libéralisation de l’économie haïtienne. Financée par le FMI à travers la Corporation Financière Internationale (CFI), cette zone franche est un énorme complexe désordonné, chevauchant pratiquement la frontière (il existe des entrées et sorties des deux côtés de la frontière; tous les visiteurs importants pénètrent et quittent par les voies dominicaines). Actuellement, la zone franche est utilisée par ses propriétaires, le Groupe M, producteur de textiles et les ouvriers cousent surtout pour Lévi Strauss, mais aussi d’autres compagnies internationales de marques diverses. Alors que la communauté financière internationale célébrait l’inauguration des usines, la réalité des ouvriers, tout au moins, celle des travailleurs haïtiens était quelque peu différente. Non seulement les lois haïtiennes concernant le travail domestique ont été violées et les accords avec certaines associations internationales de défense des droits des travailleurs ignorées, mais les travailleurs d’usine, selon des rapports, ont été soumis à des intimidations et violences régulières par l’armée dominicaine et forcés de recevoir des injections inconnues, non déclarées. De plus, la zone entourant Ouanaminthe a perdu des centaines d’hectares de terres agricoles fertiles, a souffert de déforestation afin de permettre l’accès et la réoccupation des bidonvilles par les Haïtiens en quête de travail qui voyagent vers Ouanaminthe.

Alors que la plupart des Haïtiens essaient de gérer les conséquences des violences du mois de février, du départ d’Aristide et des ouragans de l’été, les hommes d’affaires haïtiens continuent à vendre Haïti comme le paradis des firmes du Nord en délocalisation. Et pourquoi pas ? Situé non loin des côtes de la Floride, Haïti offre aux compagnies américaines des bénéfices presque illimités et des formalités administratives insignifiantes. A l’exposition des fabricants de produits électriques de Indianapolis au mois de septembre, Rudolf et Reginald Boulos ne cessaient de vanter les mérites de Ouanaminthe. La famille Boulos est une riche et puissante famille haïtienne, bien connue pour ses liens avec les groupes de droite et fondateurs du « Haitian Democracy Project » (sic). Rudolf Boulos a aussi été incriminé dans l’assassinat du journaliste Jean Dominique qui l’avait poursuivi pour avoir provoqué la mort de 60 enfants qui avait ingéré un « sirop contre la toux » produit par lui. Aucune inculpation ne suivit son interrogatoire.

Au cours de leur présentation (http://haitipolicy.org/Electrical_files/frame.htm), la famille Boulos n’en finit pas de chanter les mérites de Ouanaminthe. Sans sarcasme, ni ironie apparents, ils exposent entre autres avantages, les suivants :

- « une force de travail compétitive » ; Les ouvriers haïtiens ont des salaires bien moindres que leurs contreparties dominicaines à l’usine.

- « des commandes immédiatement remplies» ; la dure réalité du marché textile international réside en ce besoin de livraison très court et les pressions extrêmes y attenantes.

- « Deux pays = avantage supplémentaire » ; sur les étiquettes des produits, on lit ceci : « Fabriqué en Haïti, Fini en République Dominicaine », ainsi les limites de quota sont-elles esquivées.

- « Salaire quotidien minimum en Haïti : $1.62. Bénéfices également légèrement réduits » Bien que les travailleurs haïtiens touchent à peu près $1.90 par jour, ceci représente une pitance pour une journée de travail sur des produits qui, éventuellement, se vendront beaucoup, beaucoup plus chers. Toutefois, telles sont les marges et les pressions du commerce textile international, que quelques centimes retenus sur le salaire des travailleurs peuvent déterminer le sort de la commande, de la garder ou de la perdre.

- « Excellentes relations avec les travailleurs » ; à moins que ceux-ci fassent parti d’un syndicat, haïtien, qui mette en question les pratiques de la direction, qui fasse preuve d’initiative ou qui dérange les soldats dominicains gardant les usines.

Toutes les allégations et promesses faites au cours de la présentation, y compris la conclusion expliquant comment le coût de production peut être maintenu très bas grâce à la combinaison des facteurs suivants : « Main d’œuvre à bon marché – exemptions fiscales – bas coûts de transport » rappellent bizarrement celles de 1997 dans le livre intitulé : « Guide to investing in Haïti », publié par l’Association des Industriels Haïtens (ADIH), qui, dans la section « Bonnes Raisons d’investir en Haïti » stipule : « Interventions minimales de l’état sur le marché ; prix réglementés par l’état diminués sur cinq produit et services : produits pétroliers, électricité, télécommunications, transport et salaire minimum. »

L’exposé des Boulos se termine par la présentation de « Bénéfices-clé »

- « Possibilité de diminuer le coût de production dans un marché dominé par le prix de revient »

- Possibilité de développer et produire en un temps record, de la commande à la livraison. »

Voilà ce que veulent les industriels.

Ce que la majorité des Haïtiens veulent, c’est la possibilité de se suffire à eux-mêmes dans la production de denrées, comme ils le faisaient avant les privatisations des années mi-90 alors que le régime militaire ruinait la production domestique au profit des importations nord-américaines subventionnées. Une situation qui ne sera pas réalisable lorsque les bonnes terres agricoles seront recouvertes de béton pour construire des usines d’assemblage textile.

Les Haïtiens veulent avoir accès à l’éducation, ce qui devient de plus en plus difficile lorsque des maîtres qualifiés se voient obligés de prendre de prendre des petits emplois à coudre des jeans parce qu’aucun budget n’est alloué à l’éducation nationale, aux salaires, livres ou bâtiments et que, de toutes façons, la langue officielle de l’éducation est le français parlé par 7% de la population, alors que le créole est parlé par la grande majorité des Haïtiens.

Ils veulent avoir le droit de déterminer leur propre avenir, ce qui demeurera un rêve tant que les forces capitalistes internationales continueront à exercer la force principal de domination dans leur pays.

A côté de la photo d’une ouvrière haïtienne souriant est écrit cette allégation :

«Une situation gagnant-gagnant : Haïti obtient des emplois, les investisseurs sont compétitifs ».

Si Haïti obtenait de réels investissements étrangers, où l’emploi dans des conditions de travail humaines prévalaient ainsi que la chance de se construire un futur, tant pour soi-même que pour toute la population, sans doute ce sourire, ainsi que celui de tous ses collègues et compatriotes, grandirait-il.

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DOSSIER ZONE FRANCHE CODEVI OUANAMINTHE

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