Le 9 août 2004, après un énorme temps perdu en dilatoires infinis et intéressés, Fernando Capellán, au nom du Grupo M, s’est vu forcé de divulguer formellement une claire prise de position. Ce « temps perdu » lui a pourtant servi, il était même calculé : les ‘metas’ ou ‘tarifs’ et, par conséquent, le taux d’exploitation ont augmenté sans arrêt, car les ouvriers, dans cet état des choses, se sont trouvés concrètement dépourvus de toute organisation forte à l’intérieur de l’usine et toujours menacés d’expulsion à la moindre réclamation. A présent, M. Capellán s’engage enfin à réintégrer les ouvriers licenciés (« illégalement et abusive¬ment révoqués », selon les enquêteurs du Ministère des Affaires Sociales ‘Métropolis’, Radio Métropole, 3-7-2004). Dans sa communication, annexée M. Capellán reconnaît également la nécessité de négocier avec le syndicat pour, par le biais d’une médiation binationale, arriver à un accord sur les modalités de cette réintégration.
Pourtant, parallèlement, coup d’éclat : sans avoir entamé le moindre processus de médiation ou de négociation, la direction de la CODEVI SA, envoie des lettres, individuelles de surcroît, à certains ouvriers leur « offrant » de retourner au travail « dans les trois jours qui suivront la réception du message » ! Naturellement, les responsables du Syndicat se sont réunis et décidé de trancher la question avec la direction elle-même, lui proposant de la rencontrer au plus tôt sur ce point. Un exemplaire du message de la CODEVI ainsi que la lettre du Syndicat sont également adjoints.
Rappelons que la révocation illégale des membres du syndicat avait été immédiatement suivie d’une tentative de mise sur pied d’un syndicat jaune à l’intérieur de l’établissement. Le Grupo M se caractérise de plus en plus par ce type de pratique - elle aussi illégale - comme l’attestait la protestation de la Confédération Générale des Travailleurs et de la Fédération des Travailleurs de Zone Franche en pays voisin.
À cette nouvelle étape des débats, il faut donc dores et déjà noter que le Grupo M n’a jamais suspendu ses manœuvres, qui cherchent par tous les moyens à déstabiliser le cadre général, dominer les travailleurs de façon outrancière et, ce faisant, se procurer l’espace nécessaire pour poursuivre l’augmentation de l’exploitation sans limite qu’il se propose.
Il a beau qualifier celle-ci d’« efficacité », prétendre être motivé par son amour du peuple haïtien et particulièrement de Ouanaminthe… Chassez le naturel, il revient au galop : ce sont encore ces manœuvres, toutes franchement illégales et allant jusqu’à renier sa propre parole, qui refont surface, pour peu que M. Capellán ait à s’exposer publiquement.
De son côté, M. Mark Constantine, responsable du dossier à la Société Financière Internationale de la Banque Mondiale, ne se tient pas en reste. À notre proposition de candidat pour la médiation, il répond en l’écartant d’un revers de la main : c'est-à-dire sans donner la moindre explication ni argumentation justifiant ce refus cavalier. Mais il va plus loin car c’est encore lui qui, de manière inconcevable, prétend nous orienter sur qui nous devrions nous-même proposer ! De plus, cherchant à masquer le fait que la Banque Mondiale est, dans cette affaire et selon ses propres mots, « associée du Grupo M », il se pose en une sorte d’ ‘intermédiaire bénévole’ ! Notre réponse, également adjointe, a été d’un refus réellement stupéfait.
La nouvelle, durant cette même courte période de quelques semaines, que le Grupo M a encore fait pénétrer l’armée dominicaine dans un conflit de travail en terre voisine (répression des ouvriers en grève à une de ses fabriques à Santiago), nous aidera à encore mieux comprendre que les manœuvres de ces messieurs du Grupo M et de la Banque Mondiale (qui, faisant semblant de vouloir résoudre un problème, ne font en réalité que le retarder voire le bloquer, le détourner ou le masquer) visent, en fait, comme nous le disions plus haut, à augmenter l’exploitation sans limite, sur le dos et dans la sueur des travailleurs, dans la confection somme toute sale des vêtements Sara Lee et Levi-Strauss par le Grupo M. Et aussi, grâce à ce temps infiniment allongé, à faire oublier les cruelles exactions des premiers temps : révocations « illégales et abusives », pénétration répétée de l’armée dominicaine sur le sol haïtien pour réprimer et frapper les travailleurs, administration sans aucun contrôle ni même mise au courant des autorités du pays d’un douteux vaccin à descriptions contradictoires et à répercussions incontrôlées.
Nous demandons donc à tous de maintenir vigilante la solidarité envers la lutte des ouvriers pour la reconnaissance effective de leur organisation tout comme la satisfaction de leurs légitimes revendications. La lutte ne fait que commencer !