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ZONES FRANCHES! (3)

Cette position développée par BATAY OUVRIYE au colloque de Neïba, nous montre clairement la logique en place. Ce qui se passe plus précisément aujourd’hui, c’est qu’avec les contradictions engendrées par l’évolution de la situation historique, les capitalistes dominicains pensent - et, à travers leur Etat, veulent laisser croire - que les classes dominantes haïtiennes « n’en font pas assez » dans le contrôle de la domination globale. C’est pourquoi, dès le gouvernement de Fernandez, l’Etat dominicain claironnait : « Il faut que l’ONU prenne en charge Haïti !». Actuellement, ils en arrivent au point de proposer de venir exploiter les travailleurs haïtiens sur le territoire haïtien même, afin d’éliminer tout type d’effet négatif de la migration chez eux. D’où la proposition de zones franches du côté haïtien tout au long de la frontière et l’avidité des avantages mirobolants de ce type de contrat où, enfin, ce serait encore eux qui auraient le contrôle total de cette zone stratégique.

Même s’il est vrai que les classes dominantes haïtiennes n’ont pas le contrôle de la frontière depuis belle lurette, cette proposition vise à officialiser cette situation afin que cel-les-ci soient obligées de la reconnaître et d’accepter cette mainmise. Quand on se rappelle que le Président Préval avait déjà octroyé par accord au gouvernement américain le contrôle de l’espace aérien et des eaux territoriales nationales, on constate, à présent, qu’avec les frontières remises au contrôle dominicain, c’est tout le périmètre entier du territoire qui est sous contrôle étranger. Ainsi, également, toutes sortes de désordres (drogue, contrebande…) qui peuvent s’introduire pour déstabiliser l’économie interne n’ont aucun contrôle du côté de l’Etat national. Il est important de noter que pendant que le Président Aristide affiche sa photo aux côtés de celle de Toussaint Louverture, il fait exactement le contraire du geste réalisé par Toussaint : tandis que ce dernier luttait pour s’approprier du contrôle territorial de ce qui deviendrait Haïti, Aristide pose les premiers actes qui représentent la perte totale de ce même territoire.

De cette manière, à la veille de 2004 où nous nous trouvons, la « nation » dont ils parlent est complètement compromise. Et si, un jour, les travailleurs de ce pays arrivaient à le prendre en charge, de sorte que la population en général puisse avoir accès au logement, aux soins de santé, à l’éducation, etc… et jouisse complètement du fruit de son travail, le contrôle de cette « unité historique » sera déjà en péril certain.

A présent, en plus de ces dangers imminents comme potentiels, voila que c’est sur les terres agricoles les plus rentables qu’on a décidé d’établir ces zones franches. Cet aspect sadique exige une lutte ferme et conséquente. Mais, pour être capable de la mener bien, il faut aussi que nous comprenions que c’est dans la nature même des zones franches de détruire tendanciellement toutes les cultures les avoisinant, de manière à ce que les travailleurs deviennent complètement dénués d’alternative autre que la vente de leur force de travail : devenir des prolétaires. Et, même si les terres rizicoles n’étaient pas directement menacées, dans un temps très court, ils chercheraient à détruire complètement la valeur de ces cultures, en vue de l’éliminer. Alors, dans ce contexte de prolétarisation, le plus les travailleurs perdront leur moyens de production (la terre) violemment, c’est le plus la valeur de leur force de travail sera basse : une dynamique déjà établie par les capitalistes impérialistes et locaux dans leur lutte et qu’aujourd’hui le gouvernement Lavalas a décidé de ratifier.

Dans une analyse que BATAY OUVRIYE avait fait sur la question de l’impunité nécessaire aux capitalistes pour pouvoir accumuler sans limite, nous avions déjà montré la construction de cette dynamique générale qui continue à se développer. Voyons.

BATAY OUVRIYE

A PROPOS DE L’IMPUNITÉ PATRONALE : CLÉ DE LA CRISE

[Extrait du texte d’une présentation faite à Paris le 24 juin 2000, à une réunion d’Amnesty Internationale, autour du thème : « Haïti, Justice et Liberté toujours compromises ».]

Comme nous pouvons le voir clairement, la logique d’accumulation impérialiste, où les «zones franches» constituent la situation maximum, ne s’accompagne pas de «production nationale». Au contraire, il ne cherche qu’à la détruire. Certains disent : «nous n’avons pas de problème avec les zones franches, seulement il ne faudrait pas qu’elles se situent sur des terres agricoles rentables». En effet, ceux-ci ne comprennent pas que c’est la logique même des zones franches de détruire la production agricole partout où elles s’établissent, afin que la valeur de la force travail chez elles soient le plus bas possible, pour que les profits soient les plus hauts possibles, dans le cadre de l’accumulation sans limite souhaité par les capitalistes nationaux et internationaux, au coût du sang et de la sueur des travailleurs.

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Ceux qui disent ne pas avoir de problème avec les zones franches le font soit en connaissance de cause, en sachant fort bien qu’ils n’en seront pas les ouvriers et n’étant nullement préoccupés par la situation des travailleurs haïtiens (au contraire, ils se voient déjà presque participant à l’organisation de cette exploitation sanguinaire), soit par ignorance de l’enfer qu’elles sont pour les travailleurs, pour l’environnement, pour l’économie, pour les sociétés qu’elles affectent en général.

[Suit ici, sur dix pages, le résumé d’une enquête-analyse réalisée par la «Confédération Internationale des Syndicats Libres » (CISL) sur cette question : L’Enfer des Nouveaux Paradis Fiscaux, La Répression Antisyndicale dans les Zones Franches, Avril 1996, Jean-Paul Marthoz, assisté de Marcela Szymanski, pour la CISL.

Cette lecture peut être valablement remplacée, sur le Web, celle des pages internet suivantes :

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Déjà sous Duvalier des efforts avaient été entrepris pour établir des zones franches en Haïti. La deuxième moment duvaliériste, appelé « Jeanclaudisme », avait comme caractéristique l’important développement d’un projet politique bien défini. « Bébé Doc », successeur de Papa Doc, disait : « Mon père a fait la révolution politique, moi, je ferai la révolution économique ». Effectivement, durant cette deuxième période, la pénétration du capital s’est réalisée au vu et au su de tous et son ouverture serait plus large et rapide. Les lois et décrets adoptés pour organiser ce processus reflètent cette étape. En 1972, un contrat fut presque signé,

“Entre l’Etat Haïtien , représenté par M. Edouard FRANCISQUE, Secrétaire d’Etat des Finances et des Affaires Economiques...dûment autorisé par décision du Conseil des Secrétaires d’Etat, d’une part;

Et Monsieur Robert G. VENN... demeurant et domicilié aux Etats-Unis d’Amérique, agissant tant en son nom qu’en celui de NEW HAÏTI NORTH SOCIAL AND ECONOMIC DEVELOPMENT AUTHORITY, S.A., Société en formation dont les Statuts sont déjà approuvés par le Département du Commerce et de l’Industrie, dénommé le Concessionnaire d’autre part...”

où l’Etat Haïtien donne au concessionnaire “le droit exclusif (souligné par nous) d’exploiter, d’aménager, de mettre en valeur et de développer économiquement les terres qui figurent dans le plan annexé au présent contrat”. Pour une durée de cent ans,

"le Gouvernement s’engage a transférer au Concessionnaire les titres de toutes les terres qu’il possède dans la concession... le Concessionnaire aura aussi le droit de faire fonctionner un aéroport... des marina, des quais... il pourra également établir un parc industriel... dans la zone de la Concession, les diverses entreprises qui seront établies par le Concessionnaire ou autorisées par lui, jouiront automatiquement pendant la durée totale de la Concession, de tous les avantages et privilèges accordés par la loi du 13 mars 1963 sur les Nouvelles Entreprises, sans exception aucune, comme par exemple l’exemption des droits de douane et des taxes sur les matériels importés, les matériaux de construction, les véhicules de transport nécessaire et les carburants (exception faite de la gazoline)... Toutes les entreprises du Concessionnaire ou celles autorisées par lui bénéficieront, en plus, d’une exemption de tous les impôts pendant la durée de ce contrat... Le Concessionnaire aura le droit de publier des journaux, de faire fonctionner des stations de radio et de télévision, d’administrer le transport public... S’agissant des services à caractère d’utilité publique, il pourra les assurer lui-même... Dans la dite zone d’opération, le Concessionnaire pourra faire seul, sans aucune autorisation préalable, tout acte, tout contrat licite..."
Il devait faire face aussi, dans cette ouverture absolue, “aux nécessités de l’urbanisme et au développement touristique... Il aura le droit... d’établir, d’entretenir, de faire fonctionner, d’autoriser les affaires bancaires et de s’y engager... Le gouvernement accorde l’exemption du permis de travail aux employés étrangers travaillant sous contrat avec le Concessionnaire”.


Il est évident que sur cette portion du territoire “haïtien”, la société de ce pays, son Etat, n’auraient donc aucune emprise: le territoire “inaliénable” était par conséquent glané au plus offrant, pour l’assurance, spécifiquement, d’investissements de l’ordre de “US $1 million, quinze mois après la signature du contrat; US $ 2,5 millions, vingt mois après la signature du contrat; et US $ 5 millions, trente-neuf mois après la signature du contrat”! Suite logique de l’offre du Môle St. Nicolas de François Duvalier au Sénateur Anfuso en 1961, si l’implantation massive de concessions, zones franches et autres formes de désistement au contrôle du territoire national continue à n’exister que sous forme de spectre omniprésent, cela est sans nul doute dû partiellement à la nature fondamentalement inepte de la bourgeoisie haïtienne, partenaire indispensable de ces opérations, toujours enthousiasmée par la moindre babiole tendue par l’étranger mais structurellement incapable de prendre en main les rênes d’un développement économique d’envergure.

Ainsi, comme nous le voyons clairement, C’EST LE TRAVAIL COMMENCÉ PAR DUVALIER QUE VIENT RATIFIER ET EXÉCUTER LE GOUVERNEMENT LAVALAS, TOUT EN OEUVRANT À L’AVANCER DAVANTAGE ENCORE.

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A un colloque tenu en République Dominicaine en 1998, BATAY OUVRIYE apportait sa position sur les zones franches. Voyons :

 (Suite du texte)